UFORCA-NICE
SESSION 2026 - 2027
LES SÉMINAIRES

Séminaire Vers les Institutions
6 séances le vendredi, de janvier 2027 à juin 2027, à 14h, à Nice. Durée : 2h
Argument de l'année 2026 - 2027 : Le vrai, le faux et la parole dans les institutions
Responsables du séminaire : Rémy Baup et Chantal Bonneau
La parole est obscurantiste
Le tout dernier enseignement de Lacan considère que la parole est obscurantiste et c’est heureux. Pourtant elle a des effets de vérité dans l’analyse car elle permet au sujet d’avancer vers des révélations successives qui inscrivent alors l’analysant qui passe de son histoire à l’élaboration de son hystoire, faisant de ce néologisme une histoire transférentielle. Mais il y a un reste qui n’est pas résorbé par le symbolique. Il y a donc une énigme irréductible. Quelle est- elle ? C’est celle de la vérité sur la jouissance qui est un réel qui demande à dépasser la passion de l’ignorance propre à la parole. La parole permet de croire que tout va bien plutôt que de savoir les petites « saloperies » qui concernent chacun. C’est plus simple, ça rassure. Il s’agit d’en être dupe sans oublier ce qui lui ex-siste.
Lacan dit : « Ce que l’inconscient démontre […] [c’est] que la parole est obscurantiste. J’impute assez de méfaits à la parole pour lui rendre ici grâce de cet obscurantisme. C’est son bienfait le plus évident1 ».
La vérité
Lacan va dire : « Moi la vérité, je parle2 ». Elle est en lien avec la parole mais elle n’est pas un savoir fixe, elle se présente sous différentes formes.
Il n’y a pas de vérité toute, et dans l’analyse, le symptôme est toujours en transformation. Lacan a toujours distingué la vérité de l’exactitude des faits. La vérité ne peut que se mi-dire, dira-t-il. Tout au long de son enseignement sa conception de la vérité évolue. Il parlera plus tard de la vérité menteuse.
Lacan a mis en valeur la tension entre vérité et savoir, mettant l’accent sur le savoir et non sur la vérité. Lacan oppose ensuite la posture de certains analystes qui croient pouvoir se tenir au lieu de la vérité sans avoir à passer par le savoir qui seul permet de défaire les croyances de la vérité. « Il est notable que j’ai mis en garde le psychanalyste de connoter d’amour ce lieu à quoi il est fiancé par son savoir, lui. Je vous le dis tout de suite : on n’épouse pas la vérité ; avec elle pas de contrat, et d’union libre encore moins. Elle ne supporte rien de tout ça. La vérité est séduction d’abord, et pour vous couillonner. Pour ne pas s’y laisser prendre, il faut être fort. Ce n’est pas votre cas3 ».
Le mensonge
Ce que Lacan va montrer clairement c’est qu’il existe deux régimes de la vérité : « le blanc et le mensonge – le silence ou ne pas dire vrai, […] pour pouvoir penser cet usage du mot « vérité » c’est qu’elle tout à fait extérieure au mensonge. C’est – ou la vérité ou le mensonge4 ».
Le mensonge, lorsqu’il s’écarte de la vérité et du réel, peut devenir fake et complotiste, ses effets sont indéterminables. Aujourd’hui certaines démocraties paient chèrement leur rapport ambigu à la vérité et leur faiblesse à l’égard du mensonge.
Au temps des réseaux sociaux, parmi les plus anciens nous comptons Facebook, qui a une tolérance aux messages haineux et mensongers. Cette tolérance prend à revers l’éthique des conséquences qui prend l’Autre en considération5, l’éthique des bonnes intentions, est aveugle. Elle présume l’absence totale d’intention. Mais comme le disait Lacan : « il n’y a que des erreurs, erreurs de bonne foi, les plus impardonnables ».
Si on interroge les réseaux sociaux le statut de la vérité est multiple et fait couple avec le mensonge. Avec eux, il y a le vrai, il y a le faux, plus rien n’est certain. Nous entrons dans un monde de « suspicion généralisée6 » qui est une cause de la paranoïa que l’on retrouve à la racine des fake.
1 Lacan J., « Lumière ! », Aux confins du Séminaire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Navarin, coll. La Divina, 2021, p. 67.
2 Lacan J., « La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 409.
3 Cf. Laurent É., « Chronique du malaise : l’horreur de savoir et la parole de vérité (II) », L’Hebdo-Blog, 275. Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, L’Envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991, p. 214.
4 Miller J.-A., « Une nouvelle alliance avec la jouissance », La Cause du Désir, no 92, 2016/1, p. 97.
5 Cf. Miller J.-A., « L’acte entre intention et conséquence », Politique lacanienne 1997-1998, Paris, EURL Huysmans, 2001. Version raccourcie : La Cause freudienne, n°42, mai 1999, p. 7-16. Cité par Gil Caroz, L’Hebdo-Blog 227.
6 Cf. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Pièces détachées », enseignement prononcé dans le cadre du département de l’université Paris 8, cours du 6 avril 2005, inédit, cité par Damien Guyonnet, L’Hebdo-Blog 227.

Séminaire d'Introduction à la Psychanalyse
Ce séminaire pourrait s’intituler : « Tu peux savoir ». Il s’agit en effet de donner accès à qui s’y intéresse à l’atelier du psychanalyste : quels sont ses outils, c’est-à-dire les concepts qui servent à sa pratique ? Quels sont les principes qui régissent celle-ci ? Quelles sont les finalités de cette expérience unique ?
6 séances le mardi soir, de novembre 2026 à avril 2027, à 20h, à Nice. Durée : 1h30
Bulletin d’inscription
Argument de l’Année 2026-2027 : Qu'est-ce qui nous traumatise ?
Responsables du séminaire : Jessica Choukroun et Salvatore Maugeri
Le trauma est devenu un signifiant majeur du discours contemporain. Notre époque lui accorde une place considérable, non sans une certaine fascination, à mesure que l’actualité nous confronte aux diverses catastrophes, aux guerres, et au déchaînement de la violence liée notamment au rejet de la différence, qu’elle soit ethnique, religieuse ou autre. Pourtant, la psychanalyse propose une lecture singulière de cette notion, irréductible aux approches médicales ou comportementales.
Le mot « trauma », issu du grec τραῦμα, désigne d’abord la blessure, l’effraction. Avant d’être un concept psychique, il désigne une atteinte du corps. À la fin du XIXe siècle, avec ses études sur l’hystérie, Freud déplace ce terme pour mettre en évidence la notion de trauma psychique : certains événements laissent des traces qui débordent les capacités du sujet à donner sens à ce qu’il vit. La psychanalyse naît ainsi d’une clinique du trauma.
Cette notion ne cessera d’évoluer chez Freud, de sa Neurotica, liée à l’idée d’une « séduction » subie dans leur enfance, jusqu’à sa théorie du fantasme avec la notion d’après-coup occasionnant le trauma. Aussi, Les névroses traumatiques des soldats revenus du front durant la Première Guerre mondiale joueront un rôle décisif dans cette élaboration de la nature et des effets du trauma, car elles permettront à Freud d’articuler le trauma à la pulsion de mort et à sa répétition compulsive notamment dans les rêves et les cauchemars. Sans doute le traumatisé de guerre est-il une figure majeure de la modernité, une référence pour penser les formes actuelles de la souffrance psychique dans notre clinique : guerres, attentats, terrorismes, exils forcés, violences sociales, catastrophes humanitaires…
Lacan, prolongera et déplacera ces élaborations sur le trauma avec le trauma originaire que constitue l’inscription dans le langage (la lalangue) pour tout sujet. Cette frappe initiale marque le corps à jamais du sceau de ce qui reste impossible à dire, ce qui amènera Lacan à relier cette fois le trauma à un malentendu fondamental entre le sujet et l’Autre. Chez Lacan, le trauma s’y révèle comme la « mauvaise rencontre » (la tuché) avec un réel contingent, qui fait irruption et échappe à toute symbolisation, ce qu’il nommera « troumatisme ».
Nous nous pencherons enfin sur les diverses modalités de traitements du trauma, à partir de cas cliniques présentés par des psychanalystes invités.
Face aux logiques contemporaines d’évaluation, d’hyper-médicalisation et de gestion standardisée des souffrances psychiques, nous tâcherons de montrer comment la psychanalyse s’efforce de maintenir un espace singulier où la parole du sujet traumatisé peut trouver une adresse et une élaboration possible.
Ce séminaire propose ainsi une introduction aux concepts fondamentaux de la psychanalyse à partir de la question du trauma, en articulant les textes de Freud et de Lacan avec les élaborations contemporaines de la psychanalyse, mais aussi avec l’histoire et la politique.
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